Les phobies

Auteur: Jérôme Vermeulen psychologue

Résumé: Les phobies sont des peurs exagérées, envahissantes, obsédantes de certains objets ou situations. Au cœur des phobies, le couple infernal anxiété / évitement

Anxiété et évitement dans les phobies

Nous avons tous des peurs et des angoisses concernant certaines situations. Ainsi par exemple, une des peurs les plus fréquentes (et les plus normales) concerne la peur de parler en public. Personne n'aime probablement la piqûre du médecin lors du rappel de vaccin. Il est d'ailleurs intéressant de relever que les phobies sont très fréquemment liées à des objets ou situations comportant intrinsèquement un aspect qui fait peur: piqûre, sang, serpent, araignée, ridicule, ... Mais fondamentalement l'imagination humaine étant sans limite, n'importe quoi peut "servir" d'objet à une phobie!

Néanmoins, les personnes phobiques reconnaissent volontiers elles-mêmes le caractère irrationnel de leur phobie. Ce n'est d'ailleurs pas sur le plan rationnel que se passera le travail avec le psychologue, mais bien plus du côté émotionnel.

Pour les phobiques, ces situations vont devenir vraiment inconfortables et l'anxiété va devenir très envahissante. A tel point que la personne va mettre en place ce que les psychologues appellent des stratégies d'évitement. Leur but: trouver des moyens d'échapper à la situation phobogène (qui génère la phobie).

C'est ce couple anxiété massive et évitement permanent qui caractérise la phobie et qui fait si souvent de la vie du phobique un vrai enfer. Certains phobiques luttant même en permanence contre la simple évocation mentale de ce qui leur fait peur (Surtout ne pas penser à un serpent...).

Pourquoi a-t-on une phobie?

Parfois, il y a des causes à la phobie qui sont identifiables ou probables. Une période dépressive, un événement de vie (la séparation des parents), un deuil, des agressions ou de la maltraitance, de l'anxiété ou une phobie transmise par un parent... Je repense ainsi au travail effectué avec une de mes patientes qui avait une phobie des oiseaux morts. En hypnose, elle s'est rappelée d'une situation où son gentil toutou avait accidentellement tué son canari en faisant tomber sa cage. Elle avait 6 ans et en avait été très choquée. Sa maman, pour la protéger, lui avait crié Non, ne regarde pas (les confrères de passage y reconnaîtront une injonction paradoxale). Depuis, la simple vue d'un oiseau mort (ou sa simple évocation) transformait sa vie en enfer. Des oiseaux morts, il y en a partout au bord de la route, sur la place de sa belle petite ville de province...

Le cercle vicieux de la phobie

Mais souvent cette phobie s'installe plus ou moins accidentellement, sans qu'on n'identifie de cause évidente. Un fond d'anxiété (peut-être) à une période de la vie... et une phobie qui se met en place, d'abord discrètement pour devenir progressivement de plus en plus envahissante.

De plus ou moins contenue, la phobie grandit. Prenons l'exemple d'une phobie sociale. Au départ, c'est une peur de faire une présentation devant la classe qui tombe à un moment sensible de l'adolescence durant laquelle le regard de l'autre sur son corps, son visage est sensible. L'anxiété monte, les exposés deviennent de plus en plus compliqués. Le phobique se met la pression pour faire son exposé qui est obligatoire. Il tente aussi déjà d'éviter d'aller à l'école le jour de sa présentation. Et le système s'emballe: la phobie s'installe et se renforce de présentation en présentation.

Les phobiques attendent souvent longtemps pour appeler à l'aide

La honte est une autre composante fréquente de la phobie. Les évitements ont également pour objectif "que les autres ne le voient pas". On trouve des excuses, on passe chez son médecin, on prétexte une migraine... Quand on a une phobie, on dépense beaucoup d'énergie à le cacher aux autres.

C'est ce qui fait que les phobiques arrivent parfois chez moi vers 40 ou 45 ans, ou plus encore bien sûr, pour m'expliquer qu'ils luttent contre leur phobie depuis leur adolescence, tentant de la dissimuler et de la contenir. Parfois, c'est une évolution professionnelle qui impose de se confronter vraiment à sa phobie: on est désormais vraiment obligé de prendre l'avion pour des déplacements professionnels, ou de prendre la parole en public en tant que manager de son équipe suite à une promotion importante.