Inconscient collectif et archétype

Auteure: Marianne Gassel

Résumé: C’est le psychanalyste Carl Gustav Jung qui a développé les notions d’inconscient collectif et d’archétypes.

Un archétypeC’est le psychanalyste Carl Gustav Jung qui a développé les notions d’inconscient collectif et d’archétypes.

En effet, à partir de ses nombreux voyages et études de différentes populations, religions, spiritualités et mythologies, Jung se rend compte que dans les différentes cultures humaines, à travers le temps et l'espace, tout un bagage commun imaginaire, mythique, poétique se retrouve, bien que présenté sous des formes différentes, marqué par des structures et types de personnages semblables.

Ce bagage, à travers ses propres spécificités, constitue le substrat des cultures. Je prends, bien sûr, le mot "culture" dans son acception large et ne résiste pas au plaisir de citer la définition qu'en donnait mon ethnologue de père, Ita Gassel: C'est l'outillage, à l'aide duquel un groupe humain perçoit le monde, comprend le monde, agit sur le monde; c'est ça façon d'être au monde.

Jung constate que lorsque les Humains laissent parler leur intériorité, ils contactent ce bagage commun. Cela se produit, par exemple, à travers les rêves. Pour lui, par-delà le vécu strictement individuel du rêveur, les rêves intègrent et expriment des éléments (personnages, évènements...) qui appartiennent à ce bagage imaginaire commun à l'Humanité. Et, attention ! Le mot "imaginaire" n'implique pas que cela ne soit pas vrai ! L'imaginaire est peut-être un instrument très perfectionné pour percevoir la part de réel qui est inaccessible à nos sens et partiellement à notre raison !

Il constate encore que, sans la référence interne à ce bagage, l'être est, psychiquement, malade, déséquilibré, à côté de ses bottes. A force de voyager, à la fois dans de multiples cultures et dans l'âme de ses patients (ainsi que dans la sienne propre), il parvient à établir des lois de fonctionnement de ce bagage commun ainsi que de la manière dont les individus et les sociétés s'y "accrochent" ou s'y "branchent".

« Inconscient collectif » est le nom qu’il donne à ce bagage commun et "archétype", chacun des éléments qui le constituent.

Il compare ces éléments à des organes : les archétypes seraient les organes du psychisme. Il est donc important de veiller à la santé des ses organes et le fait d’y accorder de l’attention, de mettre la conscience dans nos archétypes, de les intégrer dans notre vie, joue selon lui, un rôle fondamental par rapport à notre santé psychique. La santé étant vue ici bien plus que comme l’absence de pathologie, mais comme la capacité à libérer tout un potentiel dont on est porteur afin de pouvoir vivre sa vie comme un chef-d’œuvre.

Afin d’intégrer cette conscience des archétypes, d’y laisser couler librement l’énergie, l’homme a toujours vécu en référence à la mythologie, aux contes, aux légendes, aux religions et aux rêves, notamment…. Ils constituent, l’air de rien, tout un attirail de « construction – réparation » précieux pour l’humain, aussi bien individuellement que socialement.

Outre le "simple" environnement sensible, les objets de connaissance intellectuelles tels les nombres, par exemple, ont toujours nourri l'imaginaire et l'Esprit des plus éveillés des hommes. Ils sont lourds de multiples sens. Les lettres, également, qui avant -ou en plus- de servir d'outils de communication entre êtres humains, constituaient des supports à certaines pratiques rituelles, magiques ou de divinations (c'est-à-dire une autre forme de communication, à la fois interne et externe). On le sait bien pour les runes des Nordiques ou l'usage fait des lettres hébraïques dans la Kabbale. C'est moins connu pour certains alphabets des peuples "sans écriture" d'Afrique, notamment.

Il en est de même pour les formes:

Je ne peux résister au plaisir de parler ici d'une recherche qui m'a été présentée, montrant que si l'on construit le modèle actuellement utilisé par les chimistes, du double atome de carbone (et les chaînes de carbone constituent une base de la vie), et qu'on met en évidence, dans ce modèle, les électrons libres, on voit se dessiner quelques symboles qui remontent à la nuit des temps. Par exemple, lorsqu'on regarde tourner ce modèle, comme on suppose que tourne effectivement ce double atome, on voit apparaître, sous certaines positions, la croix à branches égales (croix druidiques et templière, notamment); sous d'autres positions, la lemniscate (signe de l'infini); sous d'autres positions encore, la svastika, présente sur tout autel ou lieu de culte hindouiste; et sous un autre angle de vue, on voit apparaître le "Om", tel qu'il s'écrit en sanskrit. On peut encore voir, toujours dans ce même modèle, l'alpha et l'oméga (ce qui nous ramène à la charge archétypale des lettres, abordée plus haut).

On pourrait envisager un listing plus complet de ces symboles présent dans la nature -dont nous sommes !
Ce qui montre que nous ne sommes pas isolés: ces formes qui construisent la nature nous construisent également (ce qui semble cohérent puisque nous faisons partie de la nature). Le carbone, l'ADN, nous habitent -ou plutôt, nous constituent.

Nombreux sont ceux qui considèrent Jung comme un irrationnel mais pourquoi serait-il irrationnel de penser que notre inconscient reconnaisse les archétypes lisibles dans la nature et vibre lorsqu'il en perçoit la représentation ? Puisque des supports physiques d'archétypes sont partout....