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L'Internal Family System (IFS) ou Système Familial Intérieur de Richard Schwartz

Auteure:
Consultations: 1495 Villers-la-Ville et 5030 Gembloux
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Résumé: L'Internal Family System (IFS) ou Système Familial Intérieur de Richard Schwartz est un modèle théorique et psychothérapeutique permettant de conceptualiser et travailler sur notre système familial intériorisé. Ce modèle se situe au confluent des thérapies systémiques et des thérapies des états du moi.

Illustration Famille Puzzle par Gerd Altmann de Pixabay

Le modèle

Le modèle IFS, ou système familial intérieur, élaboré par Richard Schwartz dans les années 80, est né de l'observation clinique et de la conjonction de deux courants thérapeutiques. Le premier courant défend la multiplicité du psychisme : nous sommes tous faits de plusieurs parties. Ces parties qui me composent ont chacune leur identité et leur rôle dans mon système. On retrouve déjà cette notion dans l'analyse transactionnelle ou la thérapie des états du moi, pour ne citer qu'elles. Le second courant qui fonde l'IFS est la thérapie systémique. Richard Schwartz avance que, non seulement nous sommes composés de parties, mais en plus, ces parties sont organisées entre elles à la façon d'une famille. Elles entretiennent des relations entre elles, des conflits, des coalitions, se protègent l'une l'autre, se soutiennent ou s'ignorent. Les parties ont des niveaux de maturité, de sensibilité et d'autonomie différents.

L'IFS se base sur une sorte d'arbre généalogique, ou cartographie, des parties, ce qui constitue en soi une première étape de prise de recul «  Je ne suis pas cette partie qui a parfois envie de hurler sur mon patron, c'est une partie de moi parmi d'autres, et elle a sa raison d'être » Mais surtout, l'approche est dynamique et permet, comme on le ferait en thérapie systémique, de recréer du lien entre les parties, de permettre à chacune de reprendre sa juste place, de faire circuler l'information dans le but de retrouver de l'harmonie et de l'équilibre dans le système. « Tiens, on dirait que cette partie qui a envie de hurler sur mon patron est activée par une autre partie qui ne supporte pas qu'on me mette la pression et qui a l'air si fatiguée ».

Le Self

Dans la démarche IFS, le thérapeute va recourir au Self du patient. On peut se représenter le Self comme un endroit en soi, une zone , où c'est toujours calme et tranquille. Le Self n'a ni émotions ni intentions. Il est juste là, confiant, patient, curieux et compatissant. À l'instar du thérapeute qui utilise son Self pour accueillir son patient, le patient va se placer dans son Self pour aller à la rencontre de ses parties. Avec l'aide du thérapeute, le patient va s'auto-réguler, c'est-à-dire qu'au départ de son Self, il va réguler les émotions de ses parties. « Je ne m'étais pas rendu compte que cette partie qui ne supporte pas la pression était si fatiguée, ça me touche, je me demande bien d'où vient cette fatigue. Que vit-elle ? De quoi a-t-elle besoin pour être mieux ? » (curiosité et compassion du Self). Au lieu du Self, cela pourrait être une autre partie qui se manifeste. « Ah non, on ne va pas commencer à se lamenter, ça ne résoudra rien...(partie critique envers la partie fatiguée)». On voit bien que cette partie-là n'a aucune compassion pour la première, au contraire. De nouveau, le rôle du thérapeute est d'identifier les parties et d'inviter le patient à revenir à son Self.

Pour le Self, toute partie est importante. Dans la vie de tous les jours, certaines parties sont socialement très appréciées, comme par exemple une partie organisatrice ou une partie altruiste, et d'autres sont peu appréciées, comme celle qui se met en colère. Cependant, en séance, toutes les parties sont les bienvenues. C'est d'ailleurs un aspect très important de l'IFS  : toutes les parties ont leur raison d'être comme elles sont, toutes les parties ont leur place dans le système. Il n'y a pas de bonne ou mauvaise partie, il n'y a pas de partie à éliminer. Chaque partie enrichit le système de ses qualités et ses ressources. Ce qui pose problème, c'est quand les parties se manifestent de façon disproportionnée ou au mauvais moment. « Ma partie critique interdit à ma partie fatiguée de dire sa fatigue et demander de l'aide, parce qu'elle veut m'éviter de passer pour une faible. Par contre, elle autorise la partie en colère a s'exprimer, parce que la colère est vue comme une preuve de caractère. Du coup, mes collègues sont distants avec moi et je ne peux pas leur demander de l'aide, je suis encore plus fatiguée et en colère. En plus, je me sens rejetée par les autres à cause de mes accès de colère ».

Idéalement, cet écosystème devrait fonctionner de façon harmonieuse. Cependant, les aléas de la vie créent parfois un déséquilibre. Lorsqu'elles ne peuvent être régulées par le Self, ni co-régulées par une personne extérieure, les émotions vont être comme encapsulées et constituer des fardeaux. Une partie va se charger du fardeau et s'en trouver fragilisée, une autre se donnera pour mission de la protéger en induisant tel ou tel comportement. Par la suite, cette partie protectrice agira, parfois même avant le Self, afin de réguler l'émotion ressentie, émotion qui réactive la partie chargée du fardeau. C'est ainsi que s'organise un système familial intérieur autour des parties protectrices et non autour du Self. Il en résulte des conflits internes, un sentiment de malaise ou de perte de contrôle, des rigidités ou schémas comportementaux répétitifs.

Les parties et le Self

Résumons: l'esprit humain comporte donc un nombre variable de sous-personnalités appelées parties. Ces parties consistent en des personnages intérieurs d'âge, de tempérament, de talents et de désirs différents, qui forment ensemble une famille intérieure. Chaque partie participe à l'enrichissement de notre vie intérieure et y joue un rôle particulier. Au centre de cet ensemble de parties, se trouve le Self, qui présente les qualités d'un excellent chef d'équipe : la compassion, la curiosité, la confiance en soi, la créativité, le courage. Le Self est le meilleur leader possible car il peut maintenir l'équilibre et l'harmonie entre les parties.

Richard Schwartz identifie trois types de parties, distinctes mais en relation les unes avec les autres : les exilés, les managers et les pompiers. Ces deux derniers sont les protecteurs des premiers.

Les exilés: Les exilés sont des parties vulnérables, fragilisées suite à des événements difficiles. Semblables à des enfants blessés et rejetés, ils vivent la double blessure du traumatisme et du rejet par les autres parties. Les exilés sont souvent submergés par des fardeaux de honte, de culpabilité et la conviction de ne pas mériter l'amour. A cause de ces émotions douloureuses, les exilés sont mis à l'écart du système, d'où leur nom.

Les managers: Le contrôleur, l'organisateur, le juge, l'inquiet, le pessimiste... Sont managers toutes les parties qui anticipent les événements de façon à écarter tout danger pour l'exilé. Le manager fait en sorte que l'exilé reste sagement là où il est et que rien ne vienne raviver sa douleur.

Les pompiers: Ceux-ci interviennent lorsqu'en dépit des efforts des managers, les exilés sont activés et menacent d'envahir le système. Pour tenter d'éviter cela, certaines parties entrent en jeu pour éteindre l'incendie des émotions, images ou sensations pénibles. On retrouve, parmi les méthodes des pompiers: les accès de colère ou d'apathie, les accès boulimiques, l'abus de drogue ou d'alcool. Ce sont souvent des comportements impulsifs, irrationnels, irrépressibles qui font perdre son contrôle à la personne. Le pompier s'efforce de faire taire l'exilé échappé de sa prison. De façon plus discrète, un pompier peut aussi utiliser la stratégie de couper, d'anesthésier les sensations corporelles et les émotions pour apaiser le système.

« Ma partie critique est un manager qui fait en sorte que je ne sois pas prise en défaut de faiblesse, il me fait accepter plus de travail que ce que je peux réellement faire pour obtenir de l'approbation. Ce faisant, il met mon système en difficulté. D'accord, il me permet de me sentir valorisée par le regard des autres, mais cela a un coût en énergie. D'où la fatigue. Lorsque quelqu'un ose faire une petite remarque sur mon travail, c'est le pompier colère qui vient à la rescousse. Avant même que je prenne conscience que cela me blesse, je rétorque avec agressivité. En réalité, cette agressivité n'est nullement justifiée dans le moment présent, elle est proportionnelle à la souffrance de l'exilé. L'exilé, l'exilée... je sens au fond de moi cette petite fille qui a vécu à l'école des humiliations parce qu'elle était un peu plus lente que les autres et qui en garde une profonde tristesse car elle n'a jamais été entendue dans sa difficulté. »

Le processus de guérison

Le modèle du système familial intérieur n'est pas uniquement descriptif. Il permet également de mettre de la lumière et d'intervenir sur la dynamique relationnelle qui se joue entre les parties. Après avoir identifié les parties, il faut mettre en évidence les relations qui les lient ou les opposent. Les managers et les pompiers ont tous deux des intentions de protection mais usent de stratégies très différentes, les uns se sentant parfois menacés par les autres dans l'atteinte de leurs objectifs.

De leur côté, les exilés cherchent à tout prix le moyen de faire entendre leur douleur. Plus un exilé cherche à se manifester, plus les protecteurs (managers et pompiers) vont être puissants, empêchant le Self de jouer son rôle de leader bienveillant.

La position du thérapeute sera d'aider le patient à rencontrer ses exilés, dans la sécurité de la séance. Le patient peut, à partir de son propre Self, être à l'écoute de ses exilés et leur apporter ce dont ils ont besoin pour apaiser leur douleur. Enfin entendus et réconfortés, les exilés apaisés vont réintégrer le système. Les managers et pompiers pourront alors se détendre voire changer de rôle. Tout le système se réajuste progressivement autour du Self, créant un nouvel équilibre d'harmonie et de confiance.

Illustration

Les "..." remplacent soit une invitation du thérapeute soit un moment de communication entre le Self du patient et les parties. Avec des questions du type « qu'est-ce que tu ressens pour ta partie, qu'est-ce que tu ressens pour elle quand elle te montre son intention, son besoin ? Peux-tu demander à ta partie ce qu'elle ressent quand tu lui montres ta compassion, ta curiosité, ta compréhension ? », les interventions du thérapeute visent à apporter de la clarté sur les parties présentes et à créer du lien entre le Self du patient et ses parties.

« Ma partie critique, je la sens dans mon corps comme une chape de béton, dur et lourd, c'est pesant... Quand je me mets en lien avec elle et que je lui exprime ma curiosité, elle me montre que son intention pour moi est que je sois toujours performante, toujours à la hauteur.... Elle a peur qu'on me critique ou qu'on se moque de moi... c'est dur pour elle car elle doit être très vigilante, parfois elle aimerait faire autre chose... Si on pouvait s'occuper de la partie qu'elle protège, elle pourrait se détendre un peu... Elle me montre une petite fille qui pleure au fond de la classe... Cette petite fille, je la sens là dans mon corps, elle est tellement triste... Quand je m'adresse à elle, d'abord elle ne me voit pas, puis elle se demande qui je suis, ça fait tellement longtemps qu'elle est là toute seule... Je crée un lien avec elle et je l'invite à me montrer ce qu'elle a besoin que je sache d'elle pour se sentir comprise... Elle me fait sentir toute sa tristesse et son découragement, sa solitude, sa croyance qu'elle est nulle... Elle voudrait que je l'aide à se sentir mieux... d'abord je lui offre ma présence et ma compassion... ça lui fait du bien... Avant de décharger ses fardeaux émotionnels, elle voudrait être placée dans un autre lieu où elle serait en sécurité... voilà, elle est dans une chambre à coucher avec ses objets familiers et réconfortants... Maintenant elle est prête à se défaire des émotions et croyances dont elle ne veut plus... elle fait un grand feu et elle brûle la tristesse, la culpabilité et la croyance qu'elle est nulle... ça prend du temps... je ressens aussi dans mon corps toute cette tristesse qui part... A présent, elle peut récupérer ses qualités de confiance et d'assurance, elle est peut-être plus lente, mais elle est fière d'elle parce qu'elle est courageuse et persévérante... Comment réagit le manager en voyant ce changement ? Il est soulagé, avec ces qualités, je peux prendre ma place d'adulte et me sentir valorisée. De plus, ma part colère se manifestera moins et j'aurai de meilleures relations avec mes collègues... ».

Intérêts du modèle du Système Familial Intérieur

Ce que j'aime dans ce modèle, en tant que thérapeute et en tant que patiente :

  • C'est le patient qui a toutes les ressources nécessaires, le thérapeute sert de guide.
  • Par le bais de la métaphore, on reconnecte, on réassocie les sensations corporelles, les émotions et croyances et les souvenirs, ce qui est particulièrement efficace en cas de trauma.
  • On peut s'en servir comme outil de supervision pour comprendre, en tant que thérapeute, pourquoi on est activé par tel patient ou telle situation.
  • Il n'y a pas de diagnostic en terme de pathologie, pas d'étiquette « malade » ou « anormal ».

Limites et points de vigilance

  • Il peut y avoir trop de parties qui se manifestent et amènent de la confusion chez le thérapeute, rendant le travail infructueux.
  • Certaines parties sont difficiles à détecter, comme par exemple celle qui agit comme le Self mais n'est pas le Self.
  • Certaines parties n'aiment pas être vues ou se sentent en danger dans le lien, notamment dans certaines problématiques d'attachement, obligeant le thérapeute à faire preuve de beaucoup de tact pour éviter qu'elles se cachent encore plus profondément.
  • Certains patients « ne ressentent rien » et peuvent penser que ce modèle ne leur convient pas. Or c'est une partie qui fait « ne rien ressentir », qui anesthésie, et elle peut être accueillie comme telle.
  • Sans s'en rendre compte, le thérapeute peut faire alliance avec une partie contre une autre. Par exemple en acceptant d'aider quelqu'un a arrêter de fumer, il fait ouvertement alliance avec la partie qui veut arrêter contre la partie qui incite à fumer. Chacune de ces parties a une intention positive, une stratégie pour prendre soin de la personne et il convient d'en tenir compte, sinon, comment, instaurer un climat de confiance et de sécurité pour que chacune puisse s'exprimer ?

Conclusions

Comme annoncé dès le départ, ce modèle trouve sa place tant dans un cadre de thérapie individuelle que de thérapie familiale ou de couple. Sa simplicité en fait un outil polyvalent. Nous sommes tous composés de parties, chargées d'un rôle, d'un vécu, d'un fardeau émotionnel, qui interagissent entre elles. Ces parties sont gouvernées par le Self dont les qualités sont : compassion, calme, curiosité, compréhension, courage et ouverture. Ces qualités permettent au Self de réguler les parties et de maintenir harmonie et équilibre. Face à des circonstances particulières, il arrive que certaines parties perdent confiance en le Self et prennent en charge la régulation des parties. Ce sont alors les parties qui se régulent entre elles, créant des déséquilibres, tensions et conflits internes. Le système familial intérieur perd alors de sa souplesse et de sa cohésion. Cette conception du système intérieur d'une personne permet d'aborder de nombreuses thématiques en thérapie, quelque soit l'âge du patient, en apportant de la clarté et des perspectives aux dynamiques intrapersonnelles et interpersonnelles.

Le modèle du système familial intérieur s'insère dans d'autres pratiques thérapeutiques. Il constitue un levier, un outil parmi d'autres, complémentaire à d'autres, facile à intégrer dans une pratique professionnelle de psychologue ou de psychothérapeute doté d'une solide connaissance du fonctionnement humain.

Pour aller plus loin

Schwartz, R. (2009), Système familial intérieur : blessures et guérison. Un nouveau modèle de psychothérapie. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson.


Texte mis en ligne le 31-01-2020