La thérapie brève stratégique

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Résumé: Qu'est-ce que la thérapie brève stratégique et quels sont ses principes fondateurs? Pascale Materne, psychologue, nous explique ici les fondements de la thérapie brève

G Nardone : « Ce qui déclenche le processus de changement, c’est notre ressenti, notre perception. Tout le reste vient ensuite. »

Depuis la fin des années cinquante, la thérapie brève stratégique, fondée sur les travaux de Gregory Bateson et de Milton Erickson, bouscule les idées reçues en matière de psychothérapie.

En effet, un thérapeute bref ne cherche pas à comprendre « pourquoi » une personne est en souffrance. Il ne cherche pas l’origine, la cause historique du problème, convaincu qu’en matière de souffrance humaine cela équivaut à chercher une aiguille dans une botte de foin. Le thérapeute cherche plutôt à comprendre le « comment » une difficulté de vie est alimentée dans le présent par les interactions, les cercles vicieux qui se sont créés entre le « patient » et ses proches, ou entre le patient et lui-même. Il s’intéresse au comment une difficulté de vie se cristallise, au quotidien, en un problème douloureux.

Par le dialogue, le thérapeute fait émerger, progressivement, tout ce qui a été tenté, par la personne elle-même et par son entourage, pour résoudre le problème et qui ne fonctionne pas. Très souvent, en effet, quand une personne consulte c’est parce que ce qui relève du bon sens pour résoudre son problème a échoué (par ex :raisonner un enfant qui refuse d’étudier, se secouer quand on déprime, rassurer un anxieux…. ). Cette mise en perspective permet au patient de se sentir acteur de son mal être et, de facto, cela lui permet de se sentir responsable et ensuite fier de son changement.

Une fois le problème défini en termes de cercles vicieux, le thérapeute et son patient vont aussi convenir ensemble d’un objectif à atteindre. Le thérapeute bref vous parlera donc rarement de diagnostic ou de norme de bien être psychologique. C’est, en effet, à la personne qui demande de l’aide que revient le droit de décider quelle part de souffrance lui semble excessive (ex : en cas de deuil, de dépendance, de relations de couple difficiles) en fonction de son contexte de vie, de ses croyances, de ses apprentissages. C’est donc une approche éminemment non normative et non pathologisante. L’approche laisse donc au patient l’expertise de sa souffrance.

Par contre, il revient au thérapeute bref d’assumer l’expertise du changement, de prendre la responsabilité de l’influence au service de la demande du patient. La thérapie brève se pratique en fait comme un art : l’art de trouver pour chaque personne la relation thérapeutique, la communication ainsi que les tâches stratégiques spécifiques, à réaliser entre les séances, qui rendront le changement possible.

Le but de la thérapie est d’aider la personne à voir sous son problème sous un angle différent afin qu’elle puisse réagir autrement. Si dans la plupart des approches thérapeutiques le thérapeute explique pour aider le patient à changer, le thérapeute stratégique aide le patient à changer pour lui expliquer ce changement dans un second temps. En fin de prise en charge, souvent en moins de 10 séances, la personne est donc plus riche d’un apprentissage, d’un précieux savoir stratégique qui concerne le comment s’enfermer dans un cercle vicieux et surtout le comment en sortir.

Pour conclure, on peut donc dire que le thérapeute bref expérimenté met ses compétences relationnelles, sa rigueur stratégique et sa créativité au service de l’art de rendre sa souplesse adaptative à toute personne demandeuse de changements.


Texte mis en ligne le 15-12-2015